La mort n'est pas une terre étrangère
Jeudi soir se tenait à l'INREES une conférence consacrée au livre-témoignage de Stéphane Allix : "La mort n'est pas une terre étrangère".
Au cours de la soirée, comme dans son livre, Stéphane raconte le long cheminement personnel qu'il a parcouru suite au décès de son frère Thomas, survenu lors d'un accident de la route en Afghanistan. La projection du documentaire "Afghanistan : un autre regard" réalisé par Stéphane Allix alors qu'il dirigeait l'Antenne des Explorateurs français à Kaboul campe le décor du drame.
Le 12/4/2001, arrivant sur les lieux de l'accident, Stéphane trouve les corps inanimés de son frère et d'un ami, Vadim, participant à l'expédition. Dans cet état de trouble et de confusion intenses, il ressent le besoin de leur parler, tout en regardant au-dessus de leurs corps. "Ne vous inquiétez pas, vous êtes morts". Il se charge ensuite de la préparation des corps et de leur rapatriement en France.
Suite à ce traumatisme, des questions le hantent.
Où est Thomas ?
Est-il dans le néant ou bien y a-t-il une vie après la mort ?
N'étant d'aucune confession religieuse, aucune croyance éclairante ou à défaut apaisante ne lui vient en aide. Il décide alors de se lancer dans une vaste investigation.
Tête de mule, tel qu'il se définit lui-même, il part à la recherche de preuves et se tourne naturellement vers la science, la rationalité étant finalement devenue la religion par défaut des occidentaux. Sa quête le mène vers des récits de Near Death Experience (N.D.E.), ou Expérience de Mort Imminente (E.M.I.). Il lit beaucoup, rencontre des expérienceurs et des scientifiques américains spécialistes de ces sujets. C'est alors qu'il découvre le cas stupéfiant de Pam Reynolds, une américaine qui subit une opération de réduction d'un anévrisme cérébral selon un protocole très particulier : la circulation extracorporelle. Son sang est dérivé de son corps, pour permettre une intervention sur le cerveau. Sa température corporelle est abaissée à 15°C pour éviter des processus de dégradation tissulaire. Pendant toute l'intervention, son activité cérébrale, parfaitement monitorée, est nulle. Ses yeux sont fermés et bandés pour protéger ses cornées du dessèchement, un son assourdissant est diffusé dans ses oreilles pour mesurer la moindre réaction cérébrale.
Après son réveil, Pam Reynolds décrit très précisément des éléments ou anecdotes concernant sa propre opération qu'elle a perçu lors de son intervention : forme d'appareils de chirurgie extrêmement rares, musique diffusée lors de l'opération, évanouissement d'une infirmière... sans le moindre battement cardiaque, ou la moindre onde d'activité cérébrale pendant une heure !!! (Voir la courte vidéo du Dr Jean-Jacques Charbonnnier exposant ce célèbre cas)
La conscience semble donc être autre chose que des ondes électriques cérébrales.
Les N.D.E. sont-elles le début du processus de mort que traverse chaque homme lors de sa mort ou bien sont-elles des épiphénomènes ?
A ces questions, la science n'apporte pas de réponse. C'est l'impasse. Stéphane donne alors à sa recherche une nouvelle orientation. Sur les conseils du Père Brune, il décide d'aller à la rencontre d'un médium : Henry Vignaud.
Armé de scepticisme et sans donner le moindre détail sur son identité, il n'offre au mediums pour seule information qu'une photo de son frère. Là, les descriptions s'enchainent, l'accident, les circonstances, la personnalité de Thomas, le fait que ce soit son frère, qu'il ait été chauve au moment de l'accident alors qu'il ne l'était pas sur la photo...
Curieux, secoué même par cette expérience, Stéphane rencontre d'autres mediums, triés sur le volet, et obtient des informations aussi surprenantes et qualitatives.
Toutes ces informations aussi justes, sans le moindre renseignement ou la plus petite suggestion donnée, Stéphane est troublé, mais sa tête de mule ne se satisfait pas de ces premières réponses. Sa soif d'exigence et d'absolu le pousse à monter un protocole de test. Il propose à quatre mediums d'y participer. Ils acceptent. Dans ce protocole, les mediums ne voient pas la personne qui vient consulter. Ils sont séparés par une cloison. Ils ne leur adresse pas non plus la parole, c'est Stéphane qui se chargera de répondre par Oui ou par Non, selon les signes de la tête du consultant.
A nouveau, les séances se suivent et révèlent des informations incroyablement précises, justes. Lorsque le consultant change, les descriptions des mediums s'adaptent immédiatement, avec pertinence. Dans plusieurs cas, des informations livrées par le medium ne sont même pas connues de la personne présente. Ce n'est qu'après vérification auprès de tierces personnes que la confirmation de véracité survient. Ces cas éloignent assez radicalement l'idée d'un éventuel processus télépathique entre le medium et le consultant.
Les mediums communiqueraient-ils effectivement avec les morts ?
Alors s'amorce un nouveau virage. Si les medium y arrivent, peut-être est-il possible de pénétrer dans le monde des morts pour y voir à nouveau Thomas, se dit Stéphane. C'est l'heure de la rencontre avec la "liane des morts", l'Ayahuasca, dans la forêt amazonienne. Sous la conduite d'un chaman de grande qualité, recommandé par Jan Kounen, Stéphane expérimente le breuvage, en souffrance. L'expérience est douloureuse, atroce. Stéphane est sur le point d'abandonner. Il tient bon, provoque la plante au-delà des limites en lui demandant de voir la mort. Il se sent alors partir, ressent ses organes l'abandonner un à un. Ce n'est que par l'intervention du chamane qu'il revient et une nuit il voit Thomas, à ses côtés... Sceptique, il n'y croit pas, jusqu'à ce que sa compagne, présente également ce soir là lui décrive la même vision, la position de son frère, son attitude, en tous points conformes.
Dernière étape du voyage, Stéphane s'oriente vers le bouddhisme tibétain et son trésor, le Bardo Thodol, véritable guide pratique pour accompagner les morts. Stéphane comprend alors qu'il est parfois le joiuet de ses émotions.
Ce thème sera approfondi par Fabrice Midal, philosophe et bouddhiste, lors de la prochaine conférence de l'INREES, le 17 décembre.
Alors, doucement, lentement, Stéphane accepte de lâcher prise et enterre sa tête de mule. En acceptant de s'ouvrir à ses propres expériences, d'accorder de la valeur à leur subjectivité, la transmutation opère, il ressent la libération. Notre société occidentale a dissocié notre corps de notre raison. C'est en reconnectant ces deux faces d'une seule et même pièce, en apprenant à intégrer ses propres expériences et leurs significations que l'on développe une personnalité plus riche et ouverte, en paix avec soi-même.
Je suis certain que ce très beau témoignage, intime et pudique à la fois, apportera beaucoup de réconfort et d'espoir à ceux qui ne se relèvent pas de la perte d'un être cher, mais sa contribution ne s'arrête pas là. Il est tout aussi précieux pour les explorateurs des frontières de la conscience, dont les mystères sont parmi les plus étonnants défis que l'homme n'a qu'à peine commencé à effleurer. C'est l'une des missions de l'INREES que de préparer les mentalités à ce prochain voyage.
Posté par selfway le novembre 14, 2009 à 11:35 AM | La mort n'est pas une terre étrangère
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