Ne pas sortir du rang

C’est aujourd’hui que la commission de discipline de la Fédération française de football convoque les meneurs (Abidal, Toulalan, Evra, Ribéry) de la désormais plus célèbre grève de l’histoire française (oubliées les monstrueuses grèves de décembre 1995, les mouvements de 1968 ou de 1936…).

Depuis que Raymond n’est plus en mesure de bunkériser ses joueurs de l’équipe de France, les langues se sont déliées.
Nous avons par exemple pu lire sur le site de Libération le témoignage de Abidal:

Là, il est possible qu’on n’ait pas fait le bon choix. Nous avions pris notre décision, on était tous dans le bus, et Patrice Evra [le capitaine] a dit : "Ceux qui veulent descendre peuvent le faire." Peut-être qu’au fond d’eux-mêmes, certains n’étaient pas d’accord. Mais personne n’est descendu, et on n’a attaché personne.“

Cette affaire pitoyable a remarquablement montré la force d’un effet de groupe que chacun de nous a personnellement constaté ou expérimenté : sortir d’un groupe constitué demande beaucoup de courage, qualité que la vie courante ne tend guère à… encourager.
Revenons sur un épisode historique dramatique, effroyable, qui illustre malheureusement la même dynamique humaine.

Le 13 juillet 1942, le major allemand W. Trapp reçoit l’ordre d’exterminer les enfants, femmes et vieillards juifs du village polonais de Jozefow et de déporter les adultes. 1.800 personnes en tout. Trapp dirige un bataillon de police composé de réservistes, pour la plupart issus de classes moyennes de Hambourg et assez peu “nazifiés“. Ce sont des “hommes ordinaires“, comme les nomme l’historien Christopher Browning qui a étudié cet épisode, que j’ai personnellement lu reporté par Gerd Gigerenzer dans “Le génie de l’intuition“.

Avant de lancer l’opération barbare, Trapp donne à ses 500 hommes le choix de sortir du rang s’ils ne s’en sentent pas capables.
10% le feront.

Conclusion de l’auteur. La règle collective implicite “On ne sort pas du rang“ est d’une telle force qu’elle est capable de surpasser des codes de conduite individuels pourtant bien ancrés, comme ici la règle morale “On ne tue pas un innocent. C’est dire sa puissance… Browning a d’ailleurs reconnu l’influence de l’expérience de Stanley Milgram et sa fameuse “Expérience de Soumission à l’autorité“ sur ses recherches.
Impossible également de ne pas penser au remarquable “Sa Majesté des mouches“ de William Golding.
Un groupe peut être plus intelligent que la somme de ses individualités.
Ou pas.
Ca dépend.

Posté par selfway le août 17, 2010 à 10:00 AM | Ne pas sortir du rang

dans Dynamique humaine, Leadership, Mobilisation

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Commentaires

Très bon article Olivier. Très difficile de se détacher de la tendance d'un groupe.

Mais Il est aussi à noter à quel point l'autorité influence dans un groupe. Si c'est un groupe où les membres sont transversalement égaux (pas de hiérarchie en quelque sorte), alors il serait facile pour les membres de briser les règles.

Mais dans le cas d'un groupe ou la hiérarchie est bien définie, là , l'effet de groupe suivie de l'autorité influenceront davantage ses membres.

Toujours dans la lancée de ton exemple. Quand les alliés auditionnaient les soldats allemands de la 2ème guerre mondiales, ils étaient surpris de leur réponse face aux pires atrocités commises. La majorité répondait: "On exécutait des ordres".

Rédigé par : Youssouf Marius FOPOU NJOYA | 20 août 2010 23:58:48

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