Retrouvons de la fraicheur !

L'explosion de l'information... On finirait par en oublier les conséquences sur nos vies.
Nous savons tout sur tout, avant même d'expérimenter par nous-même. Le risque d'influencer notre propre évaluation personnelle devient criant !
Vigilance...
Nous avons déjà beaucoup de mal à entrevoir qui nous sommes, ou qui nous pourrions être, si notre vécu perd son rôle de boussole, nous risquons une perte d'identité encore plus sérieuse.

Pierre Hadot avait eu à commenter, en 1939, une phrase de Bergson qui, soixante-dix ans plus tard, lui servait encore de vade-mecum intellectuel :

“La philosophie n'est pas une construction de système, mais la résolution une fois prise de regarder naïvement en soi et autour de soi.“

Dans un texte passionnant publié par le « Nouvel Observateur » en juillet 2008, il revendiquait en effet « un mode de perception ''naïf''» au sens où l'entendait Bergson, et une « conscience joyeuse » qui n'excluait aucunement l'érudition.

Venons-en maintenant au cinéma.

Depuis de nombreuses années et l'industrialisation de la promotion des films, nous sommes submergés de bandes-annonces, tsunamisés d'interviews, à la télévision, dans les magazines, sur le web, nous sommes ensevelis sous une avalanche d'images et de compte-rendus.
Avant même de mettre le premier pas dans la salle de cinéma, via les bandes annonces, vous avez vu à un rythme effréné les extraits des séquences les plus fortes du film, les interviews vous ont donné des éléments clés de l'intrigue, vous on dit ce que vous deviez en penser...

La découverte innocente et naïve, l'un des plus puissants leviers de plaisir au cinéma, est totalement anéantie.
Je me suis dit STOP !

Réfléchissez deux secondes. Quels sont les critères qui vous poussent à aller voir un film au cinéma ?
Son metteur en scène ?
Un acteur ou une actrice fétiche ?
La recommandation d'un ami ?

Quel que soit votre mécanisme déclencheur, il est possible de l'utiliser en préservant votre fraicheur.
Si vous avez l'intention de voir un film, évitez toute exposition avec la moindre image ou le moindre texte qui s'y rapporte. Si une bande-annonce se déclenche dans la salle où vous êtes, fermez les yeux, bouchez vous les oreilles, mais tenez bon. Si un ami commence à vous parler d'un film que vous souhaitez voir, dites lui que vous aurez plaisir à en reparler juste après avoir vu le film... Détournez vos yeux des affiches, elles révèlent bien trop d'éléments visuels qui en disent long (je sais c'est le plus difficile à réaliser, il faut beaucoup d'entrainement !). Je me suis récemment fait piéger en voyant l'affiche du dernier Harry Potter, montrant le château de Poudlard en flammes. Un symbole d'une puissance scénaristique redoutable, galvaudé sur une affiche de film...

En réussissant à vous préserver, vous décuplerez votre plaisir au cinéma en retrouvant simplement le ravissement de la découverte.

Je pratique assidument maintenant depuis plusieurs mois. Quel bonheur retrouvé !!!
J'ai contaminé mes enfants, qui confirment les bénéfices...
Bien sûr, je ne vous cacherai pas qu'il y a des risques potentiels. J'étais par exemple allé voir "La route", d'après le roman de Cormac McCarthy, sans avoir la moindre idée du scénario, ce fut comme un choc ;-) C'est bon de se prendre quelques claques cinématographiques.

Les bénéfices de cet état d'innocence ne s'appliquent pas qu'au cinéma. Essayez-le donc dans la relation interpersonnelle. Faites l'exercice de voir une personne que vous connaissez comme si vous ne saviez rien d'elle, comme si votre relation débutait ce jour. Vous m'en direz des nouvelles.

Posté par selfway le novembre 8, 2010 à 10:25 AM | Retrouvons de la fraicheur !

dans Bonheur, Cinéma, Emotions

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Commentaires

Cher Olivier,
superbe article qui est très d'actualité. Trop d'infos trop tôt, on est plutôt dans l'ère du Bélier… ou déjà dans celui du Verseau si l'on considère qu'on est au rythme de la pensée laser plus qu'à celui de la parole ou de l'action, nettement plus lent.
Je réagis juste personnellement sur un point précis : les bandes-annonces. La plupart du temps, les BA ne me donne pas envie d'aller voir le film et du coup je suis souvent agréablement surpris quand il ne s'agit pas de blockbuster. Soit parce que le style/montage me paraît trop grossier, soit parce que l'ambiance et le rythme ne correspondent pas à ce que j'attends (et au film a posteriori).

Quoi qu'il en soit, un film réussi je crois, c'est un film dont l'histoire possède profondeur et une structure bien travaillée ce qui ne peut pas transparaître dans une BA. L'alternative au BA pour ne pas gâcher le plaisir est le teaser.

Au plaisir,
S.

ps : bizarre le calendrier de selfway, l'article est daté du 8 nov alors que je viens de le lire le 7 nov…

Rédigé par : jungne | 7 nov 2010 16:51:30

Merci Simon pour ton commentaire et ton analyse (de pro en + !) sur BA et teasers.
Concernant la date... c'est parce qu'il y a eu un écart entre la publication que j'avais planifiée pour l'article (le 8/11) et la date réelle de publication !
On ne fait pas toujours ce qu'on veut... ;-)

Rédigé par : selfway | 8 nov 2010 18:53:47

aah d'accord, c'est "retour vers le futur" ! :-D

Rédigé par : jungne | 10 nov 2010 20:21:45

Absolument ! Faire confiance, tout lâcher, y aller de manière vierge coupe d'emblée le cinéma intérieur, porteur d'images mentales — Encore et surtout, y aller en toute virginité, ça autorise la surprise. Oui oui : l'innocence. Tu le dis très clairement.

Rédigé par : Lionel | 6 déc 2010 12:20:37

Tu as bien raison!

Rédigé par : Développement Personnel | 13 juin 2011 01:07:09

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