La Harvard Business School met le cap sur l'éthique

Sur fond de profondes interrogations sur le leadership aux Etats-Unis, ce qui est très loin d'être le cas en France, le Pr Nitin Nohria, qui est actuellement Professeur de management et spécialiste du leadership et de l'éthique, vient d'être nommé Dean de la célèbre Harvard Business School.
Il est par exemple à l'origine avec le Pr Rakesh Khurana de l'initiative du MBA Oath qui transpose dans le monde des affaires le modèle du serment d'Hippocrate prononcé par les médecins occidentaux.

Voici le texte de cet engagement que vous pouvez signer sur le site MBAOath.org :

As a business leader I recognize my role in society.
• My purpose is to lead people and manage resources to create value that no single individual can create alone.
• My decisions affect the well-being of individuals inside and outside my enterprise, today and tomorrow.

Therefore, I promise that:
• I will manage my enterprise with loyalty and care, and will not advance my personal interests at the expense of my enterprise or society.
• I will understand and uphold, in letter and spirit, the laws and contracts governing my conduct and that of my enterprise.
• I will refrain from corruption, unfair competition, or business practices harmful to society.
• I will protect the human rights and dignity of all people affected by my enterprise, and I will oppose discrimination and exploitation.
• I will protect the right of future generations to advance their standard of living and enjoy a healthy planet.
• I will report the performance and risks of my enterprise accurately and honestly.
• I will invest in developing myself and others, helping the management profession continue to advance and create sustainable and inclusive prosperity.
In exercising my professional duties according to these principles, I recognize that my behavior must set an example of integrity, eliciting trust and esteem from those I serve. I will remain accountable to my peers and to society for my actions and for upholding these standards.

This oath I make freely, and upon my honor.

Pour Nitin Nohria, face à l'ampleur des défis posés à l'enseignement du management et du leadership, Harvard doit apporter une innovation aussi radicale que sa célèbre "méthode des cas", que j'ai eu personnellement beaucoup de plaisir à pratiquer lors de mon EMBA à HEC.

“To restore confidence that we can continue to educate leaders with the competence and character to fulfill their positions of power and privilege.”
The business school shouldn’t rest because of the success of the case method"
“We’re in an period of very active experimentation with other approaches, that we have think could have as much power and be important complements to the case method”.
“The case method will always be part of our distinctive identity. My hope is that in the years to come we will develop another method that will be a complement to the case method that will have just as much power and be embraced just as widely.”

Voir le communiqué officiel de Harvard University

Posté par selfway le mai 5, 2010 à 07:21 PM | La Harvard Business School met le cap sur l'éthique dans Ethique, Leadership, Management | Commentaires (1) | TrackBack

Ethique et Leadership

Le scandale des bonus des dirigeants d'AIG sauvé de la faillite par le trésor américain provoque de vives réactions outre-atlantique. Pour une fois, le tableau est suffisamment clair et peu discutable. Ces dirigeants ont bel et bien des comportements de voyoux. C'est certainement ce qui exacerbe les prises de position du gouvernement, des journalistes et des leaders d'opinion qui réclament les 165 millions de dollars payés en bonus.

Ces dirigeants qui ont mené leur entreprise à la faillite ont touché des bonus considérables, payés non pas par les fruits de l'activité économique qu'ils auraient généré mais par le contribuable américain.
Tenir de telles positions qui défient à la fois le bon sens et l'opinion publique révèle à quel point le processus de sélection des leaders est dysfonctionnel. Sont placés aux commandes des entreprises des leaders qui se servent et non des leaders qui servent, des leaders victimes d'une hyperdilatation de l'égo. Quand l'intérêt personnel prime, il n'y a pas d'éthique possible.

Alors bien sûr, il faut réguler. Obama proposait en février un plafonnement de rémunération des dirigeants d'entreprises sauvées de la faillite à 500.000 euros. Eux qui étaient plus habitués à naviguer entre cinq et quinze millions de dollars...

"We don’t begrudge anybody for achieving success. And we believe that success should be rewarded. But what gets people upset — and rightfully so — are executives being rewarded for failure. Especially when those rewards are subsidized by U.S. taxpayers.”

Mais le débat ne s'arrête pas là tellement il est grotesque. Certains auteurs, comme le célèbre Howard Gardner, gourou de l'intelligence multiple et du leadership éthique, vont jusqu'à fixer les limites de la rémunération des dirigeants y compris en situation vertueuse et profitable.
"Je crois qu'aucun américain ne devrait être autorisé à gagner plus de 4 millions de dollars annuels de rémunération (100 fois le salaire moyen d'une famille)"

Gardner propose également, dans sa tribune sur le Leadership du Washington Post, de plafonner à 200 millions de dollars ce qu'une personne peut léguer à sa descendance. Le reste étant versé à des oeuvres de charité ou au trésor. "Ce serait un pas, certes petit mais significatif, vers une société plus juste."

Jack Welsh, ancien patron de General Electric et reconnu comme l'un des pères du management par la "shareholder value", est désormais très critique sur cette vision court-termiste :
"The idea that shareholder value is a strategy is insane.
It is the product of your combined efforts - from the management to the employees
".

Les bases d'une gouvernance plus responsable émergent... petit à petit, dans les discours pour l'instant.

Pourtant, il existe d'autres options de management de la valeur. Regardez cette vidéo de CNN sur un restaurateur américain. Il est passé à un modèle de paiement libre. C'est le consommateur qui fixe le prix et définit donc la valeur relative de ce qu'il a consommé par rapport à ses moyens. C'est l'application du modèle donationware déjà existant sur internet.

Posté par selfway le mars 18, 2009 à 11:11 PM | Ethique et Leadership dans Ethique, Leadership, Pouvoir | Commentaires (4) | TrackBack