Genesis, la force primitive

Heureux lecteur de Genesis depuis quelques jours, je partage avec vous l'immense admiration que j'ai pour le dernier chef d'oeuvre de Sebastiao Salgado, fruit de 8 années de travail, de découverte, d'immersion et d'inspiration aux confins de notre planète. Une image vaut mille mots. Parfois plus.

Cet hommage à la nature primitive, sculptée par le temps sans la main de l'homme, est époustouflant de puissance. La contemplation de ces ultimes témoignages de la création induit une expérience paroxystique et spirituelle de communion, de retour aux sources. Dans ce climat de génèse, minéral, végétal, animal et mental se confondent. Au commencement était l'Un.

Si les animistes avaient une Bible, assurément elle serait Genesis. 

Genesis est exposé jusqu'au 8 septembre au National History Museum à Londres. Une visite s'impose !

 

Posté par selfway le juin 9, 2013 à 12:28 AM | Genesis, la force primitive dans Coup de coeur, Spiritualités | Commentaires (0)

La voie du Tao

La voie du Tao, c'est le nom de l'exposition actuellement présentée au Grand Palais.

Voie du Tao_RMN  Les raisons de s'intéresser à cette magnifique initiative ne manquent pas.
La Chine occupe désormais une place de premier rang sur la scène mondiale et ce n'est pas près de finir ! Il devient plus qu'urgent de mieux entrevoir les référentiels chinois : confucianisme, taoïsme et bouddhisme.
L'attrait culturel pour ce riche assortiment suffit à déclencher une solide motivation, à stimuler la curiosité d'un grand nombre.

Mais j'y vois une autre raison essentielle. Le taoïsme nous ouvre des modes de pensée aux antipodes de notre vision occidentale qui s'entête à rester mécaniste malgré le choc de la révolution quantique. Une approche systémique, organique, centrée sur les flux, l'omniprésence et l'évidence du jeu des complémentaires, loin de notre séparation corps/esprit, une profonde recherche philosophique et spirituelle, une cosmogonie qui ne heurte pas la vision scientifique. Les partisans de la querelle Créationnisme vs Evolutionnisme devraient se rabattre sur une autre proie...
Le taoïsme pourrait être l'une des voies de sortie du tout rationnel qui étouffe tant notre société.

Mais revenons-en à l'exposition. Les collections présentées sont indéniablement superbes. L'agencement thématique est clair, progressif et laisse le visiteur reconstituer la naissance et l'essor de ce courant majeur au fil du parcours. Je regrette cependant une assez faible mise en scène ludique et pédagogique. Pourquoi par exemple, ne pas avoir joué avec les sublimes aphorismes des grands maîtres, dont les mots résonnent si fort aujourd'hui. Pourquoi également ne pas avoir rendu compte plus finement des modes d'expression actuels du taoïsme que sont le Tai ji, le Qi gong ou le Feng shui, pratiques désormais omniprésentes en occident.

Si comme moi vous restez sur votre faim, vous pourrez jouer les prolongations avec le numéro hors série de la revue Beaux-Arts, très réussi.
Mais une fois en si bon chemin, difficile de s'arrêter sur la voie du Tao !

Marc Halévy, ancien élève d'Ilya Prigogine et spécialiste de la complexité, a écrit un livre d'introduction, intitulé simplement "Le taoïsme", qui est remarquablement bien fait. Succinct sans être nullement simpliste, ce petit livre apporte des clés de lecture et de compréhension remarquables.

Wayne Dyer, l'un des grands auteurs américains du développement personnel, s'est lui aussi pris d'une profonde passion pour le taoïsme. Il a consacré une année entière à lire et commenter les 81 versets du Tao Te King de Lao Tseu. Le résultat de ce travail est le livre "Changez vos pensées, changez votre vie - La sagesse du Tao". La pensée taoiste inspire également son dernier ouvrage paru en français : "Arrêtez de vous trouver des excuses".

Carl Jung a trouvé dans les textes taoïstes un écho remarquable à ses pratiques et intuitions. Il cite dans "Commentaire sur le mystère de la fleur d'or", ce passage du Yi King : "Lorsque le yang a atteint sa puissance la plus grande, la force obscure du yin croit à l'intérieur de lui, car à midi la nuit commence, le yang se brise et devient le yin." Difficile de trouver plus de connivence avec le chemin d'individuation et sa crise de mi-vie que Jung a élaboré. Il salue également la pertinence du non-agir, wu wei, pour résoudre les désordres psychologiques, lorsque le conscient a tenu l'inconscient fermement enserré dans son étau pendant toute une première phase de la vie, la meilleure voie consiste à lâcher progressivement prise. L'ensemble de ce petit livre dresse des ponts entre la vision junguienne de la psyché et le traité alchimique taoiste du Mystère de la fleur d'or. C'est limpide !

Puisque nous arpentons cette voie du Tao, quoi de plus naturel que de terminer en apothéose par la lecture du Tao Te King, le plus haut sommet du taoïsme, des oeuvres de Tchouang Tseu, son fameux rêve du papillon, ou de Lie Tseu.

Posté par selfway le avril 8, 2010 à 01:28 AM | La voie du Tao dans Philosophie, Spiritualités | Commentaires (5) | TrackBack

Le Bardo Thodol pour les nuls : Fabrice Midal à l'INREES

Au programme de la soirée de l'INREES du 17 décembre : Le Bardo Thodol, l'un des textes tantriques les plus difficiles, selon Fabrice Midal, philosophe et bouddhiste, biographe de Chogyam Trungpa et auteur de nombreux livres.

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Le Bardo est un texte mal compris, comme l'atteste sa traduction usuelle tout d'abord : Le Livre des morts.
Fabrice Midal, en se référant à l'enseignement de Chogyam Trungpa, nous en donne une traduction et un sens tout différent : "La grande libération par l'écoute dans les états intermédiaires".

Le Bardo décrit l'expérience que l'on a dans les états de doute, de vacillement, de confusion, d'incertitude où l'opportunité d'un renouveau se présente. Ce sont les états intermédiaires. L'esprit a alors le choix entre crispation et ouverture. Ces brèches se proposent à nous tout au long de l'existence, tous les jours, c'est pourquoi Chogyam Trungpa préférait le nommer le Livre tibétain de la naissance. La confusion est alors perçue comme une chance.
Crispation ou ouverture ?
L'ouverture est la lumière première, elle est effrayante, provoque et fait peur, mais c'est elle qui éveille.
La crispation est la voie du confort, de la sécurité, de l'obscurité et de la nécrose.

Selon Bouddha, seul l'entrainement de l'expérience directe, par la méditation en particulier, permet de développer la plus grande clarté, de s'ouvrir à l'inconnu, de "risquer la liberté", titre du dernier livre de Fabrice Midal. 


Le Bardo Thodol expose ce que vivent les êtres qui font de mauvais choix dans ces instants de brèche, ceux qui choisissent l'obscurité et ses mauvaises énergies, au lieu de reconnaître la nature de Bouddha. Il enseigne également la grande libération, afin de parvenir à se libérer de la crispation. Il apprend à accepter, vivre avec l'impermanence, la douleur, l'absence d'ego. Sans cela, l'individu s'enferme dans le cercle de la souffrance, le cercle du samsara, véritable réaction en chaîne qui le prive du rapport à la réalité. Tel un hamster qui tourne inlassablement dans sa roue, l'individu subit l'influence de son karma et réagit aux sollicitations de son environnement, sans développer sa pleine conscience qui seule affronterait la réalité telle qu'elle est et non telle qu'il voudrait qu'elle soit. A moins que l'on écoute les enseignements.

Dans le Bardo Thodol, ces états intermédiaires sont symbolisés par 6 mondes dans lesquels l'individu peut séjourner brièvement ou s'enliser durablement.

- L'enfer
C'est un monde fait de rage, de colère, d'agression profonde et intense. Dans cet état d'enfermement égotique, la confusion est telle que j'ai le sentiment que c'est le monde qui m'agresse et que je ne fais que légitimement lui répondre. Ce n'est pas moi, c'est la situation qui l'impose. J'ai donc raison d'être en colère. Les projections sont telles qu'il n'y pas plus de discernement entre moi et le monde.
L'enfer est de deux natures. Lorsqu'il est brulant, c'est la rage et la destruction qui dominent. Lorsqu'il est glacé, c'est le mépris froid, distant et orgueilleux des autres.
Seule porte de sortie : réussir à discriminer, percevoir les contrastes.

- Les fantômes affamés
Dans ce monde, on en veut toujours plus. Si j'avais ça, ce serait mieux. La faim pousse à l'obsession d'avoir, mais une fois l'objet possédé, l'attention se détourne déjà vers autre chose. C'est comme si chaque objet était une hallucination. La possession n'est pas le but, la volonté de posséder est sans fin. Aucune relation authentique aux objets et aux personnes n'est possible.

- Les animaux
Dans le bouddhisme, les animaux ont la nature de Bouddha mais ils sont ignorants. Ils vivent en état de parfaite absorption, dans une confusion rassurante.
Dans ce monde, l'action se fait par routine, habitude, confort, automatisme. Pour sortir de ce monde, il faut s'interroger.

- Les humains
La communication, la rencontre sont possibles. C'est le seul monde où l'homme peut s'éveiller, c'est-à-dire voir les choses telles qu'elles sont, être en relation avec ce qui est, être ouvert à l'expérience de la réalité, empli de compassion.
Ce monde est dominé par l'insatisfaction... et c'est formidable car la brèche est fréquente, chacune porteuse d'une possibilité d'éveil.

- les dieux jaloux
Dans ce monde, la jalousie et la paranoïa poussent à la confrontation, qui est source de jouissance. Le bonheur est dans le stress, le speed qui procure l'illusion d'être immortel, tel un patron qui rachète, écrase, convoite et exulte dans cette adversité.

- les dieux
Ils vivent dans l'absorption méditative, la complaisance satisfaite, le bonheur, la joie, le plaisir. Ils ne sont plus préoccupés par rien. C'est précisément ce qu'a refusé le Bouddha, lorsqu'il a expérimenté ce monde des dieux, il a préféré y renoncer pour accepter la souffrance et revenir dans le monde réel des mortels.

En conclusion de cette conférence passionnante et éclairante, Fabrice Midal résume l'enseignement du Bouddha dans cet acte de courage, la volonté de faire face et salue le génie de l'intuition de son maître spirituel, Chogyam Trungpa.

Pour en savoir plus sur Fabrice Midal, visiter le site de son association : Prajna et Philia
Vous pouvez également découvrir les activités de l'INREES

Posté par selfway le décembre 21, 2009 à 12:32 AM | Le Bardo Thodol pour les nuls : Fabrice Midal à l'INREES dans Spiritualités | Commentaires (4) | TrackBack

La Puissance du Mythe

Il y a bien longtemps que les mythes ont été relégués au rang de curiosités culturelles et historiques. Pourtant, leur puissance ne s'éteint pas.
Bien que nous n'osions pas l'avouer, nous avons faim de mythes et soif de transcendance.
Regardez les succès de Harry Potter, de Twilight, de Star Wars, de Matrix, du Seigneur des Anneaux, et bientôt Avatar.
Qui d'autre réussit encore à nous parler du sens de la vie ?

Loin d'être de simples fantaisies destinées aux enfants, "les mythes sont la science psychologique, combien profonde, des anciens", selon les termes de Paul Diel. "Les mythes ne contiennent pas seulement une compréhension du fonctionnement évolutif et involutif de la psyché, mais encore l'avertissement d'une lutte contre l'involution que l'homme, pour son propre bien essentiel, doit mener, afin de trouver la satisfaction, sens de la vie".

Pour voyager en terres mythologiques, mieux vaut être accompagné d'un bon guide. Nous avons perdu le sens de leurs symboles.
Parmi les maîtres du genre, Joseph Campbell, celui qui inspira à George Lucas sa Guerre des Etoiles. Il a consacré sa carrière entière à la mythologie comparée et publié de nombreux ouvrages, creusant la brèche de l'inconscient collectif et des archétypes, ouverte par Carl Jung.

Puissance du mythe_Joseph Campbell Je me réjouis de la réédition en français, aux Editions Oxus, de "Puissance du mythe", superbe classique de Joseph Campbell qui était épuisé depuis de nombreuses années.
Une seule petite réserve : les superbes illustrations de l'édition américaine ne sont pas reprises. Les plus passionnés gagneront à s'offrir les deux...;-)

Le livre est issu d'une série d'interviews que le journaliste Bill Moyers consacra à Joseph Campbell. Ce dialogue forme un livre très dynamique et accessible. Il donne une vaste perspective sur le sens profond des mythes, témoins de l'aventure spirituelle de l'homme, du voyage du héros, de l'évolution de nos sociétés. Bien que fortement colorés par l'empreinte culturelle propre à chaque civilisation, les mythes sont universels. Il content un seul récit : la longue et difficile acquisition de la conscience par l'homme.

Pour vous donner un avant-goût de la "Puissance du mythe", voici quelques morceaux choisis des textes de Joseph Campbell :

"Obéissez a votre cœur sans crainte et les portes s'ouvriront là ou vous ignoriez qu'elles existaient "

"Quand un homme fait ce qu'il désire profondément faire, alors la source de vie jaillit perpétuellement pour étancher sa soif "

"Qu'est ce que l'égo ?
Ce que vous croyez être, ce que vous voulez croire, ce que vous croyez accessible, ce que vous décidez d'aimer, ce a quoi vous vous croyez lié. Si c'est trop limité, cela vous étouffera. Et si vous vous bornez a faire ce que les autres vous disent de faire, vous étoufferez encore plus. Les autres sont alors le reflet de votre dragon intérieur."

"Cela fait partie de la manière cartésienne de penser que la conscience est une singularité du cerveau, que le cerveau est un organe qui sécrète la conscience.
Cela n'est pas vrai.
Le cerveau est un organe qui infléchit la conscience dans une certaine direction, pour servir un certain nombre de buts. Mais le corps a une conscience, et le monde entier, et tout ce qui vit, est imprégné de conscience.
J'ai le sentiment que la conscience et l'énergie sont d'une certaine façon identiques.
Où vous voyer l'énergie vitale vous trouvez la conscience. Le monde végétal est certainement conscient. Quand vous vivez dans les bois, comme je l'ai fait dans mon enfance, vous vous rendez compte que toutes ces consciences sont en rapport les unes avec les autres. Il y a la conscience des plantes et la conscience animale. Nous participons de ces deux formes de conscience."

Une autre bonne nouvelle pour 2010, toujours ches Oxus, la réédition de "Le Héros aux mille et un visages" traduction de "The hero with a thousand faces" .
Heureux français qui ont un visage de plus ;-)

Posté par selfway le décembre 7, 2009 à 12:03 AM | La Puissance du Mythe dans Mythologie, Spiritualités | Commentaires (1) | TrackBack

La Cabane à bon Dieu

La Cabane_W. Paul Young Il y a quelques jours je recevais un exemplaire de La Cabane de W. Paul Young, un livre qui caracole en tête de la liste des best-sellers du New York Times. La version française est disponible aux éditions Trédaniel, très en veille sur les livres de spiritualités.
Les témoignages dithyrambiques de lecteurs, que l'on trouve sur le site américain, interpellaient ma curiosité. Ce n'est finalement pas tous les jours qu'un livre bouleverse votre quotidien, alors je l'ai lu avec enthousiasme et impatience.

Quel est mon bilan ?

D'un côté, c'est une formidable aventure, le récit de la rencontre de Mack, noyé dans son Grand Chagrin, avec Dieu. L'auteur de remettre les pendules à l'heure et de contester les rituels, les archétypes, les croyances actuelles et pratiques du christianisme, de bousculer de nombreux dogmes religieux pour retourner vers un message plus universel d'amour. Un vent de sagesse et de compassion traverse le livre avec une fraîcheur inhabituelle et une intensité émouvante. Dieu n'est pas dans le respect des Commandements, il est dans la relation.

A ce titre, La Cabane est un livre surprenant, généreux, transformant, potentiellement thérapeutique, salutaire, disruptif.

De l'autre, je ne vous cache pas que la perspective résolument créationniste, paradigme sur lequel repose le récit, a perturbé ma lecture. Loin de moi l'intention de taxer l'auteur de dogmatisme ou de prosélytisme. Sa cabane repose le plus simplement du monde sur les fondations du dessein intelligent. Quoi de plus naturel en Amérique du Nord où environ 50% de la population adopte ces vues ?

Autant j'avoue résonner avec l'extase transcendante des mystiques de toutes les grandes traditions, leur combat pour le salut de l'homme déchu me touche au plus profond, contrairement à Freud, je plonge avec bonheur dans l'ivresse du sentiment océanique, autant je crois que mon système immunitaire fait un rejet du même “créationniste", qui sous-tend simplement l'histoire, me privant ainsi de la jouissance complète de cette belle aventure, riche de surprises et d'enseignements libérateurs.

Pour en savoir plus, consultez le site dédié La Cabane

Posté par selfway le mars 24, 2009 à 08:00 AM | La Cabane à bon Dieu dans Religion, Spiritualités | Commentaires (0) | TrackBack