La Chute du Tigre

Notre tendance a idolâtrer n'est pas née d'hier... La Bible était déjà suffisamment éloquente sur le sujet. Malgré ces avertissements, notre époque magnifie plus que jamais les icônes médiatiques, parmi lesquelles certains acquièrent le rang de Dieu vivant. Zizou en est l'archétype français, Tiger Woods l'américain.
Reconnu comme le plus grand joueur de golf de tous les temps, son rayonnement ne connait guère de limites, et ses revenus non plus. Il est cité par Forbes comme étant le premier athlète à devenir milliardaire, ce que Woods conteste.

Mais, la belle histoire soudainement dérape.

"Après mures réflexions, j’ai décidé de me retirer du circuit de golf professionnel pour une période indéterminée. Je dois concentrer mon attention sur le fait d'être un meilleur époux, un meilleur père et une meilleure personne.“ déclare Tiger Woods sur son site officiel.

Encore un coup du serpent tentateur qui le fait brutalement chuter du Paradis. L'Amérique est sous le choc.
Tiger Woods incarnait un idéal, un modèle comme l'Amérique sait produire. De joueur parfait, il était devenu homme parfait.
Dommage pour lui que le référentiel culturel américain soit biblique. En tant que Dieu du sport, il eut été mieux traité sur l'Olympe. Zeus, lui, n'a jamais brillé par sa fidélité.

Posté par selfway le décembre 13, 2009 à 11:28 PM | La Chute du Tigre dans Sports | Commentaires (0) | TrackBack

Le champion, son mental, sa performance

Lundidusport_121009 Lundi 12 octobre se tenait au CNSOF la conférence “Le champion, son mental, sa performance", organisée par les Amis de l'INSEP et la Direction Régionale des Sports d'IDF. Comme l'a dit Maurice Houvion en introduction: "le mental est la clef de la performance, dans tous les domaines"

Les orateurs étaient :
- Daniel Costantini, l'entraineur de l'équipe de France de Hand-Ball qui gagna le premier puis le second Championnat du Monde, en 1995 et 2001, avant de laisser sa place au non moins talentueux Claude Onesta
- Frédérique Jossinet, championne de judo, 3 fois Championne d'Europe, 2 fois Vice-Championne du Monde et Médaille d'argent aux J.O. d'Athènes.
- Hubert Ripoll, Professeur d'université, Président honoraire de la Société Française de Psychologie du Sport et auteur du livre "Le mental des champions", chez Payot. Voir le blog consacré au livre, qui contient également l'intégralité des slides présentées lors de la conférence.

Les échanges étaient très riches et plutôt que d'en faire un compte-rendu, je préfère revenir sur quelques anecdotes :

- En 1995, Bruno Martini, gardien de Hand, n'arrive pas à jouer en équipe de France à la hauteur des espoirs placés en lui. Le stress limite sa performance. Il n'est alors que remplaçant. Pour le match décisif contre l'Espagne, Daniel Costantini le fait entrer dès le début du match. Ce signe d'une confiance sans faille de son entraineur le déverrouille. Il fait un match remarquable et ne connaitrait plus jamais les écueils et effet pervers du stress mais uniquement ses effets bénéfiques.
A retenir : La confiance déplace des montagnes. Celle d'un entraineur pour son champion ou d'un manager pour son collaborateur libère son potentiel. Ici, la confiance transforme le stress paralysant en stress transcendant.

- Pendant l'été 2000 ont lieu les J.O. de Sidney. La France est éliminée en 1/4 de finale. Quelques plus tard seulement, début 2001, doivent se dérouler les Championnats du Monde, en France. Daniel Costantini se dit que plus de la même méthode ne donnera rien de bon. Il décide de passer d'un mode Directif, où l'entraineur sait tout, organise tout, dirige, impose... ce qu'il a toujours fait, à un mode Participatif, où il doit donner la parole aux joueurs et surtout développer leur autonomie, pour qu'ils trouvent eux-mêmes les leviers de progression. Pour annoncer cette rupture de style, Costantini convoque ses joueurs le 25 décembre à 14h dans un petit hôtel de Vannes. Ils croient d'abord à la mauvaise blague, puis se rendent à la convocation, sous peine de se voir exclu de la sélection. Là, Costantini leur annonce que le coach qu'ils ont connu est mort, que les joueurs l'ont tué à Sidney et que désormais, il les laisser prendre l'initiative. Il prend sa chaise et s'installe au fond, derrière les joueurs. Décontenancés dans un premier temps, les joueurs réinventent leur organisation et leur rôle dans l'entrainement. Le 4 février, après deux prolongations, la France bat la Suède, 28 à 25.
A retenir : Ce n'est pas parce qu'un entraineur, ou un manager, a utilisé un style de manière exclusive et efficace qu'il ne peut pas en changer, même brutalement si nécessaire, lorsque les conditions l'exigent.

- En 2008, après ses J.O. de Pékin ratés, puisqu'elle est sortie au premier tour, Frédérique Jossinet se sent dans une impasse. Elle décide de faire un point sur sa motivation, sur sa méthode d'entrainement. Elle ressent le besoin de se recentrer sur l'envie de pratiquer son sport, sur la recherche de la qualité de son judo et prend alors appui sur une préparatrice mentale. Elle revient rapidement en force en 2009 et gagne plusieurs titres.
A retenir : Toute démarche de travail sur soi doit être initiée en tout premier par la personne concernée. Dans un second temps peuvent intervenir les spécialistes du soutien psychologique et de la préparation mentale.

- Des nombreuses interviews de champions qu'il a menées, Hubert Ripoll en a conclu plusieurs points, dont le fait que tous ces champions décrivent que leur performance exceptionnelle a été acquise en "état de grâce". Les descriptions varient d'un champion à l'autre, mais l'état est le même, c'est celui que Mihaly Csikszentmihalyi nomme le Flow. La constatation de Hubert Ripoll c'est que cet état de grâce peut apparaître pour la première fois à des âges très variés, mais une fois vécu, il peut être reprovoqué par le champion, dans certaine conditions de préparation, d'environnement, de forme.

A retenir : Que ce soit en sport ou dans toute activité professionnelle, la recherche du Flow, qui n'apparait qu'avec une combinaison d'un défi élevé et de capacités disponibles pour le relever, est un moyen d'atteindre un haut niveau de performance. C'est l'adéquation Personne/Mission qui est la clef du Flow. Si votre job ne vous plait pas, aucun espoir d'atteindre le Flow et le bien-être. Mieux vaut alors partir à sa recherche en changeant de Mission que de végéter et consumer votre potentiel.

Pour prolonger l'étude du Mental, des sportifs bien sûr, mais ce ne sont pas les seuls à en avoir un ... ou à en avoir besoin, je vous conseille également les livres de mon ami Nicolas Raimbault, DTN adjoint de la Fédération Française de Basket-Ball : “La préparation mentale en sports individuels“ et “La préparation mentale en sports collectifs“.
Deux livres- méthodes très complets et opérationnels, parsemés de nombreuses références, sportives ou culturelles, parcourant les techniques utiles et les démarches menant à la construction d'un solide mental. A conseiller à tout sportif, très tôt, pour comprendre rapidement les paramètres qui entrent en jeu dans le mental et la performance.

Enfin, dernière référence directement liée : “Champion dans la tête“, de François Ducasse et Makis Chamalidis. Excellent livre également, très agréable à lire, avec de nombreuses anecdotes sportives et une approche narrative intéressante.

Posté par selfway le octobre 13, 2009 à 11:41 PM | Le champion, son mental, sa performance dans Coaching, Développement personnel, Performances cérébrales, Sports | Commentaires (4) | TrackBack

Leçons de coaching sportif

Jeudi soir se tenait, dans le superbe auditorium de la Fédération Française de Football, une conférence organisée conjointement par l'ANDRH et l'Association des anciens HEC : Manager dans la tempête et préparer l'avenir, en prenant modèle sur le monde du sport.

Onesta
Les orateurs étaient, de gauche à droite sur la photo : Claude Onesta, coach et sélectionneur de l'équipe de France de Hand-Ball, le plus gros palmarès du sport collectif (Champion du monde, Olympique et d'Europe), Jacques Barthélémy, avocat spécialiste du sport, Alain Cayzac, co-fondateur d'EuroRSCG et ex-Président du PSG, Yves Le Bihan, consultant, Marc Lièvremont, coach et sélectionneur du XV de France, Philippe Bobin, ancien champion de Décathlon et Directeur du Développement des Ressources Humaines de Rhodia.

J'ai pris quelques notes et vous livre ici les interventions qui ont retenu mon attention :
- Chez Rhodia qui traversait une période difficile il y a quelques années, le déblocage de l'intelligence collective a opéré lorsque la compétence "Coopération" a été mise en avant, encouragée, évaluée, qu'elle est devenue un pilier de la culture de l'entreprise.
- "La performance est d'abord individuelle. Le collectif n'a jamais sauvé les défaillances individuelles. C'est d'abord parce qu'on est performant individuellement qu'on réussit collectivement. Le groupe noie les responsabilités" - Claude Onesta
- Un coach doit aimer ses joueurs, mais ne doit pas vouloir se faire aimer, ont affirmé en coeur Marc Lièvremont et Claude Onesta. Certaines décisions impopulaires doivent être prises, comme par exemple le fait de ne pas retenir un joueur sur la feuille de match ou de dire franchement ce qui doit l'être.
- La confiance en soi est clef pour la performance individuelle. Philippe Bobin raconte deux anecdotes du monde de l'athlétisme. Jean Galfione, au tournoi de Paris en 1998, alors qu'il était en excellente forme physique, ne réussit à passer que 5,50m au saut à la perche. Il va voir son entraîneur Maurice Houvion et lui dit qu'il ne sait plus s'il doit continuer la perche. Houvion lui dit simplement de prendre une feuille de papier, de tirer un trait au milieu et de placer d'un côté tout ce qui est positif pour lui dans la pratique du saut à la perche et de l'autre ce qui est négatif. Le lendemain, l'exercice accompli, Galfione voit Houvion. La colonne positive dépasse largement la négative. Il décide de continuer. Houvion lui propose alors de participer au tournoi d'Annecy qui a lieu 3 jours plus tard. Galfione accepte, y participe et réalise 5,98m, qui est toujours la meilleure performance française.
Même bonhomme, même forme physique, mental différent. Galfione avait retrouvé son "esprit de conquête".
L'autre anecdote concerne Marie-Jo Perec aux J.O d'Atlanta. Elle a déjà remporté le 400m et participe au 200m. La veille de la finale, Marie-Jo doute. Elle voit son coach et lui dit que ça ne sert à rien de participer à cette finale, qu'il y a au moins 5 coureuses qui vont plus vite sur 100m. Elle souhaite lâcher l'éponge. Son coach lui dit simplement qu'effectivement, à la sortie du 100, elle sera certainement 5ème mais que les autres seront épuisées alors que Marie-Jo pourra tenir la distance. Le lendemain, Marie-Jo est bien 5ème dans le virage. Elle se souvient alors des mots de son coach et gagne la finale. Un doublé historique.
- Pour diriger les joueurs, l'empathie est essentielle, selon Claude Onesta. "Chaque joueur est un émetteur. Plus je suis réceptif aux signaux, plus je peux anticiper et être en avance sur les événements"
L'entraîneur est toujours à contre-courant. En cas de défaite, il doit avoir l'énergie de remonter le moral des joueurs, pensant déjà au prochain match. En cas de victoire, il doit maintenir la tension et l'agressivité des joueurs.
- "Dans un match, il arrive un moment où l'irrationnel est la seule solution", pour Claude Onesta. C'est ce que peut apporter un joueur de génie. Il faut alors accepter tous ses éclats de génie, aussi bien ceux qui peuvent faire gagner que ceux qui peuvent faire perdre. "L'entraîneur qui veut tout contrôler, tour maîtriser ne saura pas prendre de risques"
- Je finis par ces quelques mots de Claude Onesta, toujours aussi brillant : "Dans les entreprises, vous cherchez la dynamique collective alors que tous les critères d'évaluation sont individuels. Celui qui créé du lien a un rôle clef. Si je faisais l'évaluation de mes joueurs au but marqué, il n'y aurait plus un seule passe... et plus de but marqués !"

Posté par selfway le juin 1, 2009 à 11:02 PM | Leçons de coaching sportif dans Dynamique humaine, Leadership, Mobilisation, Sports | Commentaires (2) | TrackBack